Le Magicien - A.A. Bailey
Que le magicien se tienne au sein de la grande mer du monde…
"Que le magicien se tienne au sein de la grande mer du monde.
Qu'il s'immerge dans ses flots et qu'il garde pied.
Qu'il plonge son regard dans l'eau profonde.Aucune forme n'est vue dans sa réalité. Rien n'apparaît, sauf l'eau.
Elle se meut sous ses pieds, autour de lui et au-dessus de sa tête.
Il ne peut parler, il ne peut voir. La vérité disparaît dans l'eau.
Que le magicien demeure dans le courant. Autour de lui, coule l'eau.
Ses pieds demeurent fermement sur le fond rocheux, mais les formes qu'il distingue se perdent dans l'immensité de la brume.
L'eau lui arrive jusqu'au cou, mais ses pieds sont sur le rocher et sa tête est libre dans l'air ; il fait des progrès.
Pourtant tout apparaît encore déformé. Il sait où il se trouve, mais il ne sait où aller, ni comment avancer.
Il ne comprend pas. Il prononce les mots magiques, mais ceux-ci sont étouffés, vagues, perdus et la brume les lui renvoie ; nulle note juste ne résonne.
Autour de lui, beaucoup de sons de beaucoup de formes étouffent sa note.
De vagues contours se dessinent. Il voit le sentier sur une certaine distance.
Des lueurs apparaissent dans la brume et le brouillard.
Il entend sa propre voix, elle sonne plus claire et plus juste.
Les formes d'autres pèlerins se remarquent.
La mer est derrière lui. Le fleuve est sous ses pieds.
Autour de lui encore brumes et brouillard ; au-dessus de sa tête, ni ciel ni soleil.
Que le magicien se tienne sur un terrain plus élevé, mais sous la pluie.
Les gouttes serrées l'inondent, le tonnerre éclate, les éclairs sillonnent le ciel.
Sous les torrents de pluie, le brouillard se dissipe, la forme est lavée et l'atmosphère s'éclaircit.
Des formes sont vues, des sons arrivent à l'oreille, encore confus, car le tonnerre retentit avec fracas et la pluie tombe avec violence.
La voûte du ciel apparaît de même que le soleil ; entre les nuages qui courent, s'entrevoient de larges bandes de ciel bleu qui réjouissent les yeux fatigués du disciple.
Que le magicien demeure au sommet de la montagne.
Au-dessous de lui, s'étendent vallées et plaines, avec des eaux, des fleuves, des nuages.
Au-dessus de lui le bleu du ciel, la splendeur du soleil levant, la pureté de l'air de la montagne.
Chaque son est clair. Le silence est riche de sons."
Vient ensuite la phrase lourde de sens qui décrit l'achèvement :
"Que le magicien demeure au coeur du soleil et regarde, de là, le globe terrestre.
De ce point élevé de paix sereine, qu'il fasse résonner les paroles qui créeront les formes, qui construiront les mondes et les univers et donneront vie à son oeuvre.
Qu'il projette les formes créées sur le sommet de la montagne de manière à ce qu'elles puissent fendre les nuages qui entourent le globe terrestre et apporter lumière et puissance.
Celles-ci dissiperont le voile des formes qui cache la véritable demeure de la terre aux yeux de celui qui observe."
"Une compilation" - Alice Ann Bailey