Joie

Publié le par Maât-Saâhem



Evidemment, presque tous les philosophes se sont attelés au bonheur -établissant de subtiles distinctions dans l'échelle des états de bien-être qui hisse les humains du plaisir à la béatitude.
Spinoza par exemple, philosophe de la joie s'il en est puisqu'il propose, dès son "Traité de la réforme de l'entendement", une éternité de joie souveraine et parfaite comme but à toute vie et au bien véritable, ou distingue la joie temporelle de l'éternelle dans son livre V de "l'Ethique".
Pascal a un regard plus pessimiste : "l'homme veut être heureux, et ne veut être qu'heureux, et ne peut ne vouloir pas l'être ; mais comment s'y prendra-t-il ? Il faudrait, pour bien faire, qu'il se rendît immortel ; ne le pouvant, il s'est avisé de s'empêcher d'y penser." (Pensées, 169).
L'auteur romain Lucrèce avait déjà prévenu : "à désirer toujours ce que tu n'as pas, à mépriser les biens présents, ta vie s'est écoulée incomplète et sans joie." (III, 957-958)
Mais pourquoi pas d'autres auteurs ? Philosophons à coups de marteau, comme le proposait Nietzsche : le plaisir n'apportant pas le bonheur mais poussant vers des divertissements qui ne sauraient combler, la joie les remplace (émerveillement devant le monde des possibilités ouvertes par l'insatisfaction précédente, devant la simplicité des petits renoncements). Il en naît une félicité (permanente de la joie) qui rencontre l'assentiment global et se mue en béatitude (car oui, le français peut dire à sa façon le nirvana). Un résumé bien scabreux ?

Le coup d'oeil de Bergson

Partout où il y a joie, il y a création : plus riche est la création, plus profonde est la joie. La mère qui regarde son enfant est joyeuse, parce qu'elle a conscience de l'avoir créé, physiquement et moralement. Prenez des joies exceptionnelles, celles de l'artiste qui a réalisé sa pensée, celles du savant qui a découvert ou inventé. Vous entendez dire que ces hommes travaillent pour la gloire et qu'ils tirent leurs joies les plus profondes de l'admiration qu'ils inspirent. Erreur profonde ! On tient à l'éloge et aux honneurs dans l'exacte mesure où l'on n'est pas sûr d'avoir réussi. C'est pour se rassurer qu'on cherche l'approbation et c'est pour soutenir la vitalité peut-être insuffisante de son oeuvre qu'on voudrait  l'entourer de la chaude admiration des hommes. Mais celui qui est sûr, absolument sûr, d'avoir produit une oeuvre viable et durable, celui-là n'a plus que faire de l'éloge et se sent au-dessus de la gloire, parce qu'il est créateur, parce qu'il le sait, et parce que la joie qu'il éprouve est une joie divine.

Si donc, dans tous les domaines, le triomphe de la vie est la création, ne devons-nous pas supposer que la vie humaine a sa raison d'être dans une création qui peut, à la différence de celle de l'artiste et du savant, se poursuivre à tout moment chez tous les hommes : la création de soi par soi, l'agrandissement de la personnalité par un effort qui tire beaucoup de peu, quelque chose de rien, et ajoute sans cesse à ce qu'il y avait de richesse dans le monde ?

Extrait de "l'énergie spirituelle" d'Henri Bergson, Ed. PUF




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Extraits du livre des questions "le jeu du Tao"
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Publié dans Jeu du Tao

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L
Ca fait plaisir de lire des choses sensées! J'aime bien ton blog, tu gardes une très bonne qualité dans tes textes et une belle présentation. Merci de ton travail créatif. Lila
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M
Merci ! ;-)