L'enfer, c'est les autres

Publié le par Maât-Saâhem



Si seulement il pouvait exister deux sortes "d'autres", les bons et les méchants, ceux que l'on aime et ceux que l'on déteste ! Mais ce n'est pas ainsi que les relations jouent... N'as-tu jamais montré d'agressivité envers des gens aimés, ou découvert soudain l'être humain derrière un adversaire haï ? Tout véritable humaniste se sait en partie misanthrope, car à certains moments, même l'être le plus chèrement adoré nous est insupportable. Aussi n'éludons pas le débat : certains individus, à cause des circonstances ou par une incompatibilité de vos caractères, pensées ou sentiments, se présentent à ton esprit comme des obstacles à ta quête.

Sourire à l'ennemi ?

Je te conseille en premier lieu de faire la part des choses en analysant soigneusement les différents éléments de la situation : qui, quoi, où, par quels moyens, pourquoi, comment, quand... les autres te gênent-ils ?
Une fois que tu auras bien accumulé les raisons justifiant ta profonde aversion envers ces misérables -tu peux même en dresser la liste, je t'invite à user de ton imagination pour inverser chacun de ces paramètres : imagine la façon dont tes ennemis, tout en restant eux-mêmes mais vus différemment, pourraient t'aider au lieu de contrarier tes projets. Va jusqu'à imaginer comment tu pourrais les aimer -ne détestes-tu pas chez eux des défauts que tu tolères chez tes proches ? Il ne s'agit pas de plaider pour le relativisme mais d'y voir plus clair. L'enjeu est-il vraiment vital, et un conflit la seule issue ? Si ta quête est d'échapper à une dictature ou à de dangereux criminels, tu comprendras ma question : nombre de conflits de la vie quotidienne paraissent avec le temps ridicules, et les ennemis d'hier, de bienveillantes baudruches.

Se méfier des chaînes amies

Mais l'obstacle peut provenir de personnes qu'il te serait impossible de qualifier d'ennemies. Nous avons parfois tendance à appeler amour des liens qui, à l'examen, s'avèrent plutôt des chaînes. La peur d'être abandonné, ancrée dans l'histoire des premières années ou même dans des sensations intra-utérines, peut amener plus tard à des comportements confus, voire pathologiques, qui ressemblent à ceux d'un prisonnier. Cette peur se présente souvent sous forme inversée : je ne me détache pas, se disent certains, par exemple de mes parents ou de mon conjoint, parce que j'aurais l'impression de les abandonner. Chaînes invisibles... mais liens fragiles : le véritable amour -qui serait lucide, exigeant- demanderait paradoxalement des liens plus forts. Le propos peut d'ailleurs se généraliser aux autres formes de relations, amicales ou communautaires.
Quel est ce besoin vital des autres, ressenti par beaucoup ? Pourquoi sommes-nous nombreux à ne rien pouvoir faire sans les copains ou copines (ou qui risquerait de les choquer) ? Quelle est la nature de ce qui nous lie aux groupes dont nous nous sentons proches ? Et surtout comment accéder à plus d'autonomie ? Pour répondre, Gérard Poussin s'est livré à cette exploration, nourrie d'exemples concrets, de ce qui fonde notre humanité première... et nous pousse à la dépasser.

Un pas vers l'individuation

L'analyste jungien Guy Corneau évoque, quand à lui, ce vertige existentiel qui s'empare parfois de nous quand tout d'un coup nous nous sentons nuls, dérisoires, infiniment à côté de la plaque -que l'on ait officiellement "raté sa vie" ou que les apparences soient celles de la réussite. Il avoue en avoir d'abord eu besoin pour l'ui-même, et les conseils qu'il propose pour nous en sortir n'en sont que plus crédibles.
Nous sortir de quoi d'ailleurs ? Généralement d'un enlisement où nous nous sommes fourvoyés volontairement, comme des chefs, imangiant devenir plus libres, alors que nous nous ligotions de mille façons. Un espoir pourtant : ce que nous avons fait, nous pouvons le défaire.
Utilisant des exemples tirés de sa pratique, de l'enseignement de Jung ou (c'est nouveau) de la mythologie, surtout égyptienne, Corneau montre comment consolider notre moi sans égoïsme. En un mot : nous individuer. Comment ? En devenant intimes avec nous-mêmes. Le chemin vers soi-même ne peut se priver d'autrui, le chemin vers autrui passe aussi par soi-même.


à lire...
"il n'est jamais trop tard pour rompre ces liens qui nous étouffent" - Gérard Poussin - éd. EDLM
"victime des autres, bourreau de soi-même" - Guy Corneau - éd. Robert Laffont
 



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Extraits du livre des questions "le jeu du Tao"
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Publié dans Jeu du Tao

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